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Points communs à toutes les voies de sagesse orientales et occidentales:

 

Citation du maître zen Taisen Deshimaru (1914-1982) : Quelle est l'essence de toutes les religions, de toutes les philosophies? Se comprendre soi-même. Pas seulement par l'imagination, par la partie frontale, intellectuelle du cerveau, mais compréhension par le corps.

Le point commun fondamental c'est le fameux "connais-toi toi-même" de Socrate. Il ne s'agit pas de s'analyser pour connaître ses traits de caractère ou ses goûts plus ou moins cachés! C'est bien plus ambitieux. Il s'agit de plonger son regard dans les profondeurs de son être. Tout part en fait d'un malaise que chacun ressent tôt ou tard dans sa vie et qui sert de déclencheur. Quel que soit notre degré de réussite sociale et personnelle, nous constatons, si nous sommes honnêtes et lucides envers nous-mêmes, que notre vie est insatisfaisante. Elle est vouée à l'éternelle alternance du plaisir et de la souffrance, soumise à la poursuite réitérée de désirs qui dès qu'ils sont satisfaits nous laissent vite frustrés. Il y a aussi ce besoin de rechercher un bonheur qui toujours nous échappe à travers un élément extérieur à nous-mêmes, comme la présence dans notre vie d'une autre personne sensée nous rendre heureux, la poursuite d'une belle carrière professionnelle, la pratique répétée de voyages lointains, le sexe, le pouvoir, l'alcool, la recherche de la célébrité, etc. Constatons aussi ce sentiment de vide qui nous habite quand nous sommes seuls, livrés à nous-mêmes et sans rien à faire, le besoin compulsif qui nous pousse dans ces moments là à allumer la tv, à lire un bouquin, à téléphoner à quelqu'un, pour échapper à tout prix au tête-à-tête avec nous-mêmes. Bref tous ces dérivatifs que nous recherchons pour nous détourner de notre moi montrent que nous sommes incapables d'être pleinement satisfaits et en paix à l'intérieur de nous mêmes. Devant ce fiasco dans la recherche d'un bonheur durable dans nos vies, les sages de tous continents ont constaté que la source de tous ces problèmes venait de notre identification à notre mental, à notre moi habituel, celui qui pense et ressent les choses, bref à notre "ego" comme on dit. Et que casser cette identification nous libère de notre moi compulsif de surface pour nous relier à notre moi profond, qui lui est en paix. Alors que notre ego ne peux pas l'être.

Ce dernier est conditionné de telle façon qu'il ne peut être en paix ni heureux de façon continue, car il se nourrit des oppositions et des conflits. La libération de cette condition humaine imparfaite vient selon nos sages experts en nature humaine, par un procédé de "méditation" tout simple: s'observer soi-même, dans nos actes de la vie quotidienne, sans s'analyser ni se juger. Il ne s'agit absolument pas de méditer au sens habituel du terme, c'est-à-dire en pensant à des choses élevées ou de "dialoguer" avec une divinité. Non, il s'agit juste de laisser son mental dérouler ses pensées, ses images, ses émotions, sa colère, sa jalousie, ses élans amoureux, ses envies diverses et variés, son silence, ses accès de rage, ses frustrations et ses plaisirs, etc., sans interférer avec lui, juste en l'observant, sans rejeter ni attirer ce qui surgit selon que ça nous déplaît ou que ça nous plaît. Si l'on se sent mal, ne pas fuir dans une occupation comme par le passé, rester centré sur soi-même, laisser ce mal-être se développer et s'épanouir sous le regard intérieur, le voir changer, apercevoir peu à peu la distance libératrice qui se crée entre ce mal et la conscience qui observe. Cette pratique simple en apparence est compliquée en pratique du moins au début car nous sommes conditionnés par notre éducation à juger, analyser, comparer, critiquer, mais elle est absolument libératrice. Pourquoi? Parce qu'elle permet à "ce qui est" au fond de nous, quelle que soit sa nature, de monter à la surface de notre conscience et de passer devant elle, de libérer ainsi son énergie et ainsi de disparaître de notre inconscient pour ne plus y revenir. Cela a un effet majeur: nous libérer de notre conditionnement passé, donc de nos peurs, de nos phobies, de nos haines, de nos habitudes mentales les plus ancrées. Bref de rendre l'esprit clair, vaste et libre.

Il y a une condition indispensable à cette démarche d'observation de soi pour qu'elle soit efficace: s'accepter soi-même. Se pardonner, faire la paix avec ce qui nous énerve le plus en nous, renoncer à le changer, tout accepter en bloc. Car si on ne le fait pas c'est évidemment impossible de s'observer de façon neutre, sans jugement. En effet, les émotions et les pensées ne peuvent émerger sous le regard de la conscience observatrice puisqu'on les refuse, puisqu'on les refoule, quand elles ne plaisent pas. S'aimer soi-même, tel que l'on est, tel que la vie nous a fait, car si on se combat soi-même, si on est dans le déni de soi, le refus, l'opposition, comment pourrait-on se connaître? Pour voir clair en soi encore faut-il avoir le regard apaisé, ouvert. Et puis finalement c'est un menteur celui qui prétend aimer les autres et qui ne s'aime pas lui-même. La Bible le dit clairement : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".


Le stade final de cette pratique, si la personne la mène jusqu'au bout, est la libération finale de tout le conditionnement de l'ego et la disparition de ce dernier, qui s'évanouit, car il ne peut subsister sans conflits ni en dehors du Temps. Pour les Orientaux, bouddhistes, taoïstes, ou hindouistes comme pour certains mystiques occidentaux*, la personne qui accède au stade final ne devient pas un légume privé de toute personnalité, bien au contraire, mais obtient ce que l'on appelle "l'Eveil". Plus exactement elle n'obtient rien car il n'y a plus d'ego pour recevoir... Simplement sa véritable nature, sa vraie conscience émerge, donc une nouvelle "identité" apparaît, ou plutôt "la vraie identité" se manifeste, qui elle ne connaît ni la peur, ni le manque, ni le temps. Cette nouvelle conscience correspond à notre nature divine cachée au fond de chacun d'entre nous depuis toujours et que notre identification à notre ego limité nous empêchait de voir. C'est ce que les Bouddhistes nomment "la Nature de Bouddha", les Hindouistes "le Soi", certains Occidentaux parlent eux de "Christ intérieur". Les êtres humains libérés de leur ego et ayant donc réalisé leur vraie Nature, ne sont pas sensés se réincarner paraît-il... Pour ceux qui ne pensent pas que cette Nature divine est là au fond de nous, comme les chrétiens qui croient que Dieu est un être extérieur à nous-mêmes, la pratique de l'observation de soi est libératrice des conditionnements du passé, et ce n'est déjà pas rien!

Je précise que le fait que cette métamorphose ait eu lieu ne détruit pas l'ancienne personnalité, car elle demeure, mais libérée de l'attachement et libre en quelque sorte de s'exprimer sans avoir rien à prouver, rien à compenser, rien à conquérir, sans besoin compulsif de ceci ou de cela, dans la paix intérieure en somme.

Cette observation journalière et objective de nous-même a aussi la caractéristique essentielle de nous plonger dans le présent, dans le "ici et maintenant" de façon profonde, ce qui est incompatible avec la survie d'un ego car ce dernier se nourrit du seul passé, des ruminations du passé notamment. Essayez donc pour voir, nous dit Jiddu Krisnamurti le philosophe indien, de trouver une seule de vos pensées qui ne vienne pas de votre passé. C'est impossible... Cette pratique de l'observation de soi rend notre personne en adéquation avec le moment présent, capable de réagir vite à une situation nouvelle, avec créativité, sans reproduire les schémas du passé comme auparavant. Cela permet ainsi à notre personne de mieux vivre ses relations avec les autres, les proches comme les amis ou les connaissances, libérée qu'elle est peu à peu de ses projections mentales qu'elle plaquait sur son prochain, une éternelle source de malentendus divers et variés.

Attention à un piège tout bête: ne pas se dire que ce processus de méditation décrit ci-dessus est progressif, car il ne l'est pas. D'ailleurs ce n'est pas un processus, car qui dit processus dit durée, planification, progrès futur etc. Pourquoi? Parce que l'observation attentive et sans jugement ni analyse de nos états intérieurs se fait dans le PRESENT, forcément. Or toute notion de progrès ou de progressivité a besoin pour exister de temps, du Temps, passé, futur. Or le Présent est hors du Temps, il EST. "Avant qu'Abraham fut, je suis, disait le Christ..." Introduire une idée de temps et de progrès c'est donc sortir du Présent pour retourner dans le Temps, ce qui est profondément erroné. S'observer soi-même exige une attention fine intense et soutenue de chaque seconde, qui est nécessaire si l'on veut suivre les images et les "bulles" d'inconscient qui montent les unes après les autres, sans en perdre aucune en chemin. Dès que l'on juge, analyse, ou que l'on pense à un progrès, l'observation cesse et l'on bascule dans la pensée classique inspirée par l'ego et venant du passé. "Je n'y arrive pas, demain j'y parviendrai mieux, mon Dieu que c'est laid cette pensée, je ne pensais être comme ça, oh quelle belle émotion, si elle pouvait durer encore un peu.." Il faut tout laisser passer car le Temps, contrairement à ce que souhaitait le poète, ne suspend jamais son vol. Il faut s'observer sans intervenir, voir le bon comme le mauvais, les réflexions qui arrivent, Tout. C'est notre moi intérieur qui se montre, et beau ou laid, il est digne de respect, car c'est notre histoire passée qui déroule ses images depuis notre naissance et même avant.


Il n'y a donc pas à résister au Présent (résister c'est nourrir l'ego qui adore les oppositions) mais à l'accepter comme il vient, en tournant son regard vers son moi intérieur, tout simplement. Certes on ne peut pas pratiquer cela quand on a un problème professionnel précis et absorbant à résoudre, mais il y a tellement d'autres occasions de le faire. En roulant en voiture, durant une balade, en marchant en ville, mais aussi lors d'un repas entre amis au restaurant, etc. A chacun de voir ce qui lui convient, mais ce qui est sûr c'est que la pratique est plus facile dans un climat de calme qu'au milieu de la foule dans un concert de musique... Certains diront que ne pas résister au Présent c'est de la soumission. Qu'il faut agir pour changer le monde, le rendre meilleur, être solidaire de ceux qui souffrent. Je pose alors la question suivante: Quel succès a obtenu cette démarche jusqu'ici? N'est-il pas temps de changer l'esprit de nombreux hommes plutôt que de vouloir changer la société sans changer les hommes? Qu'ont donné finalement dans l'Histoire les idéologies généreuses au départ qui visaient à changer la société? Des crimes sans nombre... Remarquons toutefois que l'on peut parfaitement pratiquer cette forme d'observation, de méditation, sans rester pour autant inerte devant des situations intolérables qui se produisent autour de nous... D'ailleurs méditer en s'observant soi-même rend beaucoup moins égoïste et ceci de façon naturelle, sans calcul derrière.

Autre remarque: nul besoin d'adhérer à un mouvement religieux, la pratique est toute simple, et les êtres qui ont parcouru le chemin jusqu'au bout nous disent tous que nul gourou ni nul maître ne pourra faire le chemin à notre place... Nulle baguette magique n'existe pour se changer soi-même via quelqu'un d'autre, ceux qui le promettent sont des escrocs ou se leurrent eux-mêmes. Jiddu Krishnamurti va plus loin encore en disant que la relation maître-disciple est profondément néfaste pour les deux personnes qui s'y adonnent.

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LA MEDITATION  ASSISE

La pratique journalière de la méditation est d'une très grande aide pour l'observation de soi. En fait se contenter de l'observation de soi dans la vie quotidienne sans méditer régulièrement est extrêmement difficile et même quasiment impossible. La méditation VIPASSANA peut convenir à tout le monde car elle est sans religion, sans dogme. Chacun est libre de garder ses croyances telles quelles... La méditation Vipassana a été crée par le Bouddha, il y a 2500 ans. Elle est l'essence même de toutes formes de méditation. Aucune autre méthode n'a mené autant de gens à l'éveil. Selon une étude approfondie, dirigée par le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir, cette méditation assise et silencieuse est celle que préfèrent les Français.
La posture (personnellement je pratique celle de droite, plus facile) :

Conseils de pratique:

On est confortablement assis, le dos et la nuque bien droits, les doigts de la main gauche posés sur ceux de la main droite, le bout des pouces se touchant sans forcer, ces derniers restants horizontaux. L'on se concentre sur la respiration, inspiration, expiration, qui est longue et profonde. Si des pensées viennent, des images, des émotions, on les observe sans s'y attacher, sans juger (c'est important), et on les laisse passer tranquillement comme des nuages dans le ciel. Et l'on revient toujours à l'observation de la respiration qui nous relie au moment présent, à l'essentiel. Si l'on se sent pris dans un tourbillon de pensées pas de panique, on revient à la respiration, et on laisse passer, tôt ou tard cela se calmera. Certains jours c'est difficile, d'autres fois c'est aisé, bienvenue aussi à l'impermanence des choses... Mais avec la pratique l'on descend plus profond en soi, le dos ou les jambes sont moins courbaturés par la séance, et un calme gagne même la vie quotidienne en dehors de la méditation. L'on devient plus serein, moins stressé, surtout on gagne bien du recul face aux aléas de la vie courante. N'oublions pas non plus les bienfaits sur la santé d'une telle pratique. Mais le plus important est de comprendre qu'il n'y a pas d'étapes dans la méditation! Le fait même de s'assoir en position de méditation pour s'observer soi-même c'est déjà être dans le non-soi, le non-ego, l'abandon de l'attachement et de toute souffrance, c'est déjà être entré dans sa vraie nature profonde. L'instant présent est essentiel.

Pour terminer, un lien qui donne plus de précisions sur la pratique:

Méditation Vipassana

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*Maître Eckart: Pour ce théologien chrétien du Moyen-Age (1260-1328), qui appartenait à l'ordre des dominicains, il existe dans "le fond sans fond" de l'âme quelque chose qui échappe au temps, à l'espace et à tout mode d'existence, bref quelque chose d'éternel et de divin: une divine étincelle. C'est très proche de la façon de voir des Orientaux.

 

Remarque générale: Il y a deux approches de la philosophie sur notre bonne vieille Terre. L'approche occidentale et orientale. Dans l'approche occidentale un philosophe n'est pas forcément un sage. Il s'agit juste d'une homme ou d'une femme qui ont longuement étudié la philosophie à l'Université et qui ont obtenu un diplôme sanctionnant les connaissances acquises et l'art de les présenter et de les commenter. En Orient sagesse et philosophie ne sont pas séparées traditionnellement. Un philosophe doit être un sage dans sa vie pratique sinon il est déconsidéré et personne ne l'écoute. On met donc en pratique la philosophie alors qu'en Occident, exceptions mises à part, on étudie mais on ne pratique pas. Personnellement l'étude sans la pratique ne m'intéresse pas. C'est mon choix.


Important: Le jugement de valeur moral sur soi, les autres ou le monde est à l'opposé de la vraie spiritualité.  Tant que l'on se juge, que l'on juge les autres, que l'on juge le monde, on est dans la démarche contraire à la démarche spirituelle authentique. Car notre esprit ne peut à la fois s'opposer à ce qui est, dans nous et autour de nous, et voir les choses comme elles sont. Le jugement détruit l'observation, car il émane de l'ego insatisfait par nature, en exprimant ses frustrations, ses tensions, ses manques, et par dessus tout ses peurs. Or l'observation de soi exige acceptation, détente, lâcher prise. Une personne qui avance dans la vie avec le jugement moral  à la bouche et dans ses pensées, qui s'accroche à ses "valeurs", tourne le dos à tout progrès spirituel et à sa vraie nature. Cette attitude est même qualifiée dans le zen de "maladie de l'esprit". Bien entendu, cela ne veut pas dire qu'il faille mener une vie immorale, qui nuit à soi-même et à autrui. Ni moralité, ni immoralité, mais connaissance de soi, voilà le chemin. Le petit conte oriental qui suit exprime ce point essentiel de façon poétique.

 


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A présent je me propose de présenter diverses voies de sagesse, en commençant par un petit conte oriental, puis en abordant successivement les enseignements de Jiddu Krishnamurti, du Zen et de Eckart Tolle. Nulle intention de prosélytisme ne motive ma démarche, puisque je n'adhère à aucun mouvement religieux quel qu'il soit, bien que j'ai pratiqué le Zen durant une vingtaine d'années. Ce site n'est que le reflet de ma recherche personnelle. De toutes façons, nul gourou, nul prophète et nul maître ne peut faire le travail de découverte de notre vraie nature à notre place...

 

Voici ci-dessous un conte oriental sur l'évolution spirituelle que peut connaître tout être humain, avant de cesser de lutter contre lui-même et de trouver enfin la paix. Car il n'est pas de paix quand la division règne à l'intérieur de soi, cela paraît logique. Je crois bien que chacun d'entre nous traverse partiellement ou en totalité les trois phases décrites dans ce très beau texte, d'une période à une autre de sa vie, voire d'un jour à l'autre, ou peut-être même d'une heure à l'autre! Mais le mental reprenant le dessus, "on remet ça" tout le temps... Comment? Hé bien, jamais en repos avec soi-même, l'on attend toujours de demain que sa vie change, étant fermement persuadé qu'après avoir acquis ceci ou cela, rencontré telle ou telle personne extraordinaire, refait sa vie avec telle autre, gagné au loto ou avoir reçu une belle promotion au travail, l'on sera enfin heureux. A chaque fois cela se révèle faux, nous l'avons tous constaté, n'est-ce pas? Notre monde intérieur n'en est pas pacifié pour autant. Mais on recommence... On veut se changer soi-même, changer sa vie, son entourage, ses conditions matérielles, on veut même changer le monde et la société... dans l'espoir de se sentir mieux avec soi-même. Illusion... Car le problème n'est pas extérieur mais intérieur à nous-mêmes.

Ce petit conte nous dit que la clé du bonheur est en fait de s'accepter soi-même tel que la vie nous a faits. Que c'est dur, mais possible, souvent après une très grande lutte infructueuse qui épuise le mental et crée les conditions de l'éclosion salutaire. Cette fin de la lutte intérieure, est aussi celle de la division intime, source de souffrance. Elle permet de se voir enfin non pas tel qu'on voulait être, mais tel que l'on est, sans se juger, en se regardant tout simplement, comme on voit une fleur dans le jardin, avec un mental enfin remis à sa juste place, celle d'un serviteur et non plus celle d'un maître.

Je ne dis pas que ce que je viens d'écrire est la vérité, c'est juste ce que je crois, et c'est aussi ce que disent bien des traditions philosophiques et spirituelles en Orient et en Occident, du "connais-toi toi-même" de Socrate, au bouddhisme Zen, en passant par maître Eckhart le mystique Rhénan, Jiddu Krishnamurti le philosophe indien, ou notre contemporain l'allemand Eckhart Tolle, etc. Sur un plan différent, ce conte nous renvoie aussi probablement à l'image des divers types de personnes que nous rencontrons au cours de notre vie. Les changeurs de société, les critiques permanents de la vie des autres, et enfin ceux qui font un travail psychologique sur eux-mêmes pour devenir différents de ce qu'ils sont. Trois façons de passer à côté de sa vie, la plupart d'entre nous étant faits d'un mélange plus ou moins équitable de ces trois modes de fonctionnement. Bonne lecture!


~Les trois portes de la sagesse~

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l'envoya auprès d'un Vieux Sage.
"Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie", demanda le Prince.

"Mes paroles s'évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d'entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t'en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t'en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton cœur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi."

Le Vieux Sage disparut et le Prince s'engagea sur le Chemin de la Vie. Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire
"CHANGE LE MONDE".

"C'était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d'autres ne me conviennent pas." Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l'ivresse du conquérant, mais pas l'apaisement du cœur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d'autres lui résistèrent. Bien des années passèrent.

Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris sur le chemin ?" "J'ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m'échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas".
"C'est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise." Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire
"CHANGE LES AUTRES".
"C'était bien là mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d'amertume et de frustration." Et il s'insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.

Un jour, alors qu'il méditait sur l'utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n'en sont que le révélateur ou l'occasion. C'est en moi que prennent racine toutes ces choses."
"Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu'ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t'enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir." Et le Vieil Homme disparut.

Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots
"CHANGE-TOI TOI-MEME".

"Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c'est bien ce qui me reste à faire," se dit-il. Et il entama son 3ème combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda : Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, répondit le Prince, qu'il y a en nous des choses qu'on peut améliorer, d'autres qui nous résistent et qu'on n'arrive pas à briser."
"C'est bien," dit le Sage.
"Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J'ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise."
"C'est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d'aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru." Et il disparut.
Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s'aperçut qu'elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait
"ACCEPTE-TOI TOI-MEME."

Le Prince s'étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu'il avait franchi la porte la première fois, dans l'autre sens.
"Quand on combat on devient aveugle, se dit-il." Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu'il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s'aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c'est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J'ai appris à m'accepter moi-même, totalement, inconditionnellement."
"C'est bien, dit le Vieil Homme, c'est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3ème porte."

A peine arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut
"ACCEPTE LES AUTRES".

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu'il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu'il avait aimées comme celles qu'il avait détestées. Celles qu'il avait soutenues et celles qu'il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l'avait tellement gêné et contre quoi il s'était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage. "Qu'as-tu appris sur le chemin ?" demanda ce dernier.
"J'ai appris, répondit le Prince, qu'en étant en accord avec moi-même, je n'avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d'eux. J'ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement."
"C'est bien," dit le Vieux Sage. C'est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.

Arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut
"ACCEPTE LE MONDE".

"Curieux, se dit-il, que je n'aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu'il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l'éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C'était pourtant le même monde qu'autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda. "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
"J'ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n'est ni triste ni gai. Il est là ; il existe ; c'est tout. Ce n'était pas le monde qui me troublait, mais l'idée que je m'en faisais. J'ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement."
"C'est la 3ème Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde." Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l'habita.
"Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence".


Et le Vieil Homme disparut.

 

 

 

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Jiddu Krishnamurti (1895-1986) philosophe et maître spirituel indien*, nous demande quel est notre véritable but dans la vie, et ça décape... Ce que j'aime chez lui, c'est qu'il va au fond des choses, là où l'ego cache ses ruses, ses tartufferies, camoufle son égoïsme foncier sous les masques de la générosité. Lire du Krishnamurti c'est comme prendre une cure de vérité sur soi-même et les autres. La vérité rend libre disait Jésus... La vérité sur nous-mêmes d'abord, bien sûr. Car je crois que c'est à partir de ce que l'on est vraiment au fond, vu par son propre regard sans aucun jugement, que l'on peut évoluer, et devenir meilleur. Jamais une chose pareille n'est possible si l'on se ment à soi-même, car comment bâtir sur du mensonge?

" Je voudrais vous demander quel est votre intérêt fondamental et permanent, dans la vie. Laissant de côté toutes les réponses obliques et abordant cette question directement et honnêtement, que répondriez-vous ? Le savez-vous ? Que le centre de votre intérêt n’est autre que vous-même ? C’est ce que la plupart d’entre nous répondraient s’ils étaient sincères : " je m’intéresse à mon évolution, à mon travail, à ma famille, au petit coin dans lequel je vis, à obtenir une meilleure situation, plus de prestige et de pouvoir, à mieux dominer les autres, etc. " Je crois qu’il serait logique, n’est-ce pas, d’admettre que ce qui nous intéresse au premier chef c’est " moi d'abord " ? Certains pourraient dire qu’il ne faudrait pas s’intéresser principalement à soi-même. Mais quel mal y a-t-il à cela, si ce n’est que nous l’admettons rarement en toute honnêteté ? Il arrive que nous en éprouvions comme un sentiment de honte. Mais voilà qui est dit : notre intérêt fondamental est nous-mêmes, quoique pour différentes raisons, idéologiques ou traditionnelles, nous pensons que c’est un mal. Toutefois ce que l’on pense ne change rien : pourquoi introduire ici cette notion de mal ? Ce n’est qu’une idée, un concept. Le " fait " est que ce qui nous intéresse d’une façon fondamentale et durable, c’est nous-mêmes. Vous pourriez me dire que l’on éprouve plus de satisfaction à aider les autres qu’à penser à soi. Où est la différence ? Si aider les autres est ce qui vous donne le plus de satisfaction, c’est que vous êtes intéressés par ce qui peut le plus vous satisfaire, vous. Pourquoi y introduire un concept idéologique ? Pourquoi ne pas vous dire que ce que vous désirez réellement, c’est vous satisfaire, soit par l’érotisme, soit par la charité, ou en devenant un grand saint, un homme de science, un homme politique ? C’est toujours le même processus n’est-ce pas ? Notre satisfaction par les moyens les plus divers, subtils ou grossiers : c’est cela que nous voulons. Lorsque nous disons que nous voulons la " libération ", c’est que nous pensons qu’il s’agit de trouver un état qui satisfasse merveilleusement, et l’ultime satisfaction serait, bien sûr, l’idée saugrenue de la " réalisation " personnelle. En vérité, nous aspirons à une satisfaction qui ne comporterait rien qui puisse nous déplaire. La plupart d’entre nous ont un désir dévorant d’occuper une position sociale, craignant de n’être que des rien-du-tout. La société est faite de telle façon que l’homme qui occupe une belle situation est traité avec beaucoup de courtoisie, tandis que celui qui n’est rien socialement est malmené. Tout homme au monde veut avoir sa place, dans la société, dans sa famille ou à la droite de Dieu, et cette situation doit être reconnue, sans quoi ce ne serait pas une situation du tout. Il nous faut toujours être sur une estrade. Intérieurement, nous sommes des remous douloureux et désordonnés. Etre considéré par le monde, passer pour des personnages importants, nous procure une grande compensation. Ce désir d’avoir du prestige, d’être puissant et d’être reconnu tel par la société, est en somme un désir de dominer, ce qui est une forme d’agression. Le saint qui aspire à être dans un certain état de sainteté est aussi agressif que, dans sa basse-cour, la poule qui picore. Et quelle est la cause de cette agressivité ? La peur, n’est-ce pas ?
    La peur est un des plus grands problèmes inhérents à la vie. Etre sa victime c’est avoir l’esprit confus, déformé, violent, agressif, en perpétuel conflit. C’est ne pas oser s’éloigner d’un mode conventionnel de pensée, qui engendre l’hypocrisie. Tant qu’on n’est pas délivré de la peur, on peut escalader les plus hautes montagnes, inventer toutes sortes de dieux, mais on demeure dans les ténèbres. Vivant dans une société stupide et corrompue comme la nôtre, dont l’éducation compétitive engendre la peur, nous sommes tous surchargés du fardeau de la peur. Il pèse horriblement sur nous, de toutes les façons. Il ternit, déforme et corrompt nos existences ".

* Qui n'a rien à voir, ni de près ni de loin, avec la secte Hare Krishna...

 

 

 

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Le Zen, que j'ai longtemps pratiqué, est une des voies fécondes vers le connais-toi toi-même, qui au final se termine par l'oubli complet de l'ego.

Quelques citations pour essayer de comprendre l'esprit du zen:

"Sans désir,

sans but,

sans recherche,

sans pensée,

ni obtenir ni rejeter,

ni saisir ni abandonner,

être libre."

Ici et maintenant est l'un des piliers du zen. Il s'agit de l'attention développée de façon très fine sur l'instant présent, dans la vie quotidienne, pour observer ses réactions émotionnelles, les mouvements du mental, les ruses de l'ego, qui aime s'opposer pour se sentir vivre, car s'il ne peut se sentir vibrer dans le bonheur il satisfera son besoin d'exister dans le malheur... Ce qui explique que tant de gens disent chercher le bonheur et ne le supportent pas quand il est là! :) Rien de spécial dans le zen, le zen ne consiste pas à se compliquer l'esprit par des attitudes "japonaises" exotiques, ce n'est pas un ornement philosophique pour dîners en ville, il consiste, comme toutes les voies de sagesse authentiques, à se connaître soi-même, pas par la pensée, mais par le corps. Citation d'un grand maître zen:

"Etudier la voie du Bouddha c'est s'étudier soi-même.

S'étudier soi-même, c'est s'oublier soi-même.

S'oublier soi-même c'est être certifié par toutes les existences du cosmos.

Etre certifié par toutes les existences du cosmos, c'est se dépouiller de son corps et de son esprit.

Se dépouiller de son corps et de son esprit, c'est dépouiller autrui de son moi."

Une autre citation:

"Quand l'esprit ne demeure sur rien, le véritable esprit apparaît."

C'est quoi un vrai don?

"C'est quand celui qui donne oublie qui donne, à qui il donne, et ce qu'il donne."

C'est "Mushotoku", ce qui veut dire sans but, sans idée de profit dans ce monde ou dans un autre...

 

La pratique du zen, c'est zazen. On s'assied sur un coussin, le zafu, jambes croisées, dans une posture étudiée en Orient pour favoriser le calme du mental, et l'on se concentre sur sa respiration, en laissant passer les pensées, les émotions, "comme des nuages dans le ciel". C'est très simple, c'est nous qui sommes compliqués. Bref, il en est du zen comme d'autres traditions spirituelles, sa pratique (car c'est d'abord une pratique), consiste à abandonner l'identification au mental, à nos pensées, à notre ego qui n'est que l'identité transitoire de notre forme physique, pour permettre à notre véritable Soi (qui lui est sans forme) de se manifester. Notre vrai Soi, au contraire de l'ego, ne connaît ni peur ni manque, ne naît ni ne meurt, il EST. Vivre finalement, c'est faire de multiples expériences pour finalement abandonner l'ego qui a accumulé ces expériences et rejoindre le Soi, sa vraie identité en somme, l'ego n'étant qu'une identité d'emprunt. Cela peut se faire graduellement ou d'un coup, il n'y a pas de règle. Attention au pouvoir de votre pensée, si vous décidez que ce sera graduellement, ce sera le cas, et ça n'en finira pas... Le mieux est de laisser la Vie gérer tout ça et ne rien gérer du tout. Simplement s'observer, sans juger, sans analyser ce qui monte, sans posture particulière, dans la vie quotidienne, dans le métro, dans sa voiture, au travail, lors de la dispute avec un collègue de boulot, en regardant ses enfants jouer, en souffrant de la solitude dans la rue le soir de Noël, etc. C'est particulièrement efficace dans les mauvais moments où l'on se sent mal. Si on le fait, on constate au bout d'un moment que le mal diminue, que l'on prend du recul par rapport à lui et l'on découvre même parfois son origine. On sort plus fort et plus serein de l'épreuve. Toutes les philosophies orientales le disent et c'est vrai. Cela je l'ai expérimenté.

 

 

 

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C'est l'occasion de passer à l'évocation d'un homme extraordinaire, notre contemporain, Eckart Tolle (né en Allemagne en 1948).

A l’âge de 19 ans, Tolle emménage en Angleterre et pendant 3 ans enseigne l’allemand et l’espagnol dans une école de langues londonienne. Souffrant de «dépression, d’anxiété et de peur», il commence à «chercher des réponses». Vers l’âge de 22 ans, il décide de poursuivre ses recherches en étudiant la philosophie, la psychologie, la littérature et s’inscrit à l’Université de Londres. Une fois passé son diplôme, il prépare un doctorat à l’Université de Cambridge en 1977. Après avoir souffert de longues périodes de dépression à tendances suicidaires, Tolle raconte qu’il fait l’expérience d’une «transformation intérieure». Cette nuit-là, il se réveille de son sommeil, souffrant de sensations dépressives «presque insupportables», mais ressent ensuite une épiphanie qui change alors sa vie. Décrivant cette expérience, Tolle explique : «Je ne pouvais plus vivre avec moi-même un instant de plus. Et de ceci sortit une question sans réponse: Qui est ce "je" qui ne peut plus vivre avec son ego? Qu’est-ce que l’ego? Je me sentis plongé dans un vide! Je ne comprenais pas alors que, ce qui se passait, c’était que l’ego de l’esprit, avec sa pesanteur, ses problèmes, qui vit entre les regrets du passé et la peur du futur, s’était effondré. Il s’était dissout. Le lendemain matin je me suis réveillé et tout était si paisible. La paix était là car il n’y avait pas d’ego. Juste la sensation d’une présence, un "état d’être", juste observant et regardant».

Suite à cette expérience extraordinaire, Tolle passa plusieurs années sans-emploi à vagabonder « dans un état de félicité profonde » avant de devenir enseignant spirituel. Plus tard, il déménagea en Amérique du Nord où il commenca à écrire son premier livre, Le pouvoir du moment présent, qui fut publié en 1997 aux USA et est devenu un best-seller international traduit en 33 langues. Tolle s’installa ensuite à Vancouver au Canada où il vit depuis. Il est ce que les orientaux nomment un être "éveillé", c'est-à-dire qu'il a abandonné l'ego pour réaliser sa vraie nature comme dirait le Zen. Bref il a fait le parcours qui nous attend tous tôt ou tard. Je lui trouve un mérite pas mince, c'est qu'il explique en langage clair pour un occidental ce qu'est la Voie qui mène à l'abandon de l'ego et donc à l'Eveil. Laissons-lui la parole:

 

"Votre conscience comporte une dimension beaucoup plus profonde que la pensée. C'est votre essence même. On peut l'appeler présence, attention, conscience inconditionnée. Dans les enseignements anciens c'est le Christ intérieur, votre nature de Bouddha. Découvrir cette dimension vous libère, ainsi que le monde, de la souffrance que vous vous infligez, de même qu'aux autres, lorsque le "petit moi" définit tout votre bagage et mène votre vie. (...) Si vous reconnaissez, même par instants, que les pensées traversant votre esprit ne sont que des pensées, si vous observez vos schémas réactionnels à mesure qu'ils se produisent, alors cette dimension émerge déjà en vous...

S'éveiller sur le plan spirituel c'est s'éveiller du rêve de la pensée.

A SUIVRE...